Côte de Nacre Magazine. Edition 2019/2020 - page 20

UN PARCOURS ATYPIQUE
Natif de Caen, curieux de tout, Jean-Fran-
çois Abad s’est, dans un premier temps
consacré à la comptabilité avant de bifur-
quer vers l’industrie pétrolière en tant que
technicien de maintenance. Et puis à 38
ans, c’est le grand virage. Une reconversion
dans la cordonnerie « par passion » l’amène
à travailler chez une dizaine de confrères
avant de subir une formation accélérée à
Romans, alors capitale mondiale de la fa-
brication de belles chaussures. En 2006 il
récupère le pas de porte rue de la mer à Luc
dans lequel il travaille toujours aujourd’hui.
C’est la révélation et outre la réparation de
chaussures il adjoint quelques activités an-
nexes comme la fabrication de clés ou de
tampons. Classique somme toute. Il connait
bien Jean-Jacques Verlaert, fabricant de
chaussons depuis 35 ans rue du Point du
jour et comme le précise notre interlocu-
teur
« nul n’est prophète en son pays car il
était peu connu des Lutins mais il vendait
des chaussons à travers toute la France 
».
Et
puis un beau jour, face à la forte augmenta-
tion du prix des peaux , il décide de stopper
son activité.
DU NOURRISSON… AU 48 !
Véritablement passionné par ce travail arti-
sanal, Jean-François Abad reprend le flam-
beau tout en gardant son activité, créé une
société « Les Trois Moutons » (ça ne s’in-
vente pas) enseigne qu’il dépose à l’Institut
National de la Propriété Industrielle. Et une
nouvelle vie commence… en parfaite har-
monie avec la précédente. Pour ce qui est de
la matière première, les peaux, il fait appel à
un sélectionneur installé à Mazamet dans le
Tarn , au centre de la région Occitanie. Car il
n’utilise que des peaux sans colorant, sans
mercure et sans chrome. Le bois de châtai-
gnier sert de tanin. Quant aux semelles et
pour rester dans le même esprit, elles sont
en caoutchouc naturel provenant de l’hévéa,
semelles travaillées et découpées par l’ar-
tisan. Un nouveau débouché vient de voir
le jour avec des peaux au tannage animal
à l’huile de poissons, peaux qu’on utilise
également pour la fabrication des blousons
dans l’aviation.
Chaussons et mules mais pas que
 «
 je réa-
lise aussi des moufles, chapkas tout en évo-
luant vers une activité de maroquinerie »
.
Afin de se concentrer totalement sur son
travail qui demande beaucoup d’attention,
Jean-François Abad a installé un atelier à la
maison lui permettant de ne pas être déran-
gé et de se mettre au travail dès qu’il dispose
d’un petit moment car plusieurs centaines
de paires sont fabriquées chaque année.
Pour commercialiser la fabrication, il y a
bien sûr le magasin ou un certain nombre
de chaussons sont exposés mais aussi le
site internet et la présence sur certains sa-
lons, à la Foire Internationale de Caen ou
encore sur des Festivals tels que « Cidre
et Dragons » à Merville-Franceville qui ac-
cueille plusieurs dizaines de milliers de
visiteurs. Mais il faut bien avouer qu’à un
certain moment
« il n’y a pas assez de bras
pour en faire plus !».
JEAN-FRANÇOIS ABAD, CORDONNIER À LUC
FABRIQUE AUSSI DES
CHAUSSONS EN PEAU DE MOUTON...
Côte de Nacre Magazine • 20
On a coutume de dire que les
cordonniers sont souvent
les plus mal chaussés. Faux
quand on connait Jean-
François Abad, le cordonnier
de la rue de la mer à Luc,
car outre ses réparations
minutieuses, il fabrique
également chaussons et
mules grâce aux peaux de
moutons qu’il sélectionne
et c’est devenu pour lui une
véritable raison d’être.
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