Côte de Nacre Magazine. Edition 2019/2020 - page 18

UN PEU D’HISTOIRE…
Tout a commencé par deux circulaires de 1833
et 1835 signées par Alexis Legrand, conseil-
ler d’État chargé de l’Administration des
Ponts et Chaussées et des Mines. Il préconi-
sait l’installation de poteaux indicateurs aux
embranchements entre les routes Royales et
Départementales. En 1846, Henri Bouillant
déposait un brevet concernant la fabrication
de plaques d’inscriptions en relief. C’était la
naissance de plaques de cocher en fonte. Pour
ce qui est du Calvados, elles furent installées
à partir de 1850 au fur et à mesure des crédits
alloués par le Conseil Régional. La Côte de
Nacre possède encore de nombreuses plaques
de fonte antérieures à 1914 mais seules les
plaques installées sur les chemins vicinaux
de grande communication subsistent. A titre
d’exemple on retrouve plusieurs plaques sur le
CGC 7 qui allait de Caen à Courseulles de 1838
à 1916. En fonction des années de commande
par le Conseil Général on retrouve trois types
de plaques comme le précise Patrick Rollet :
« la première est caractéristique de la fonderie
Bouilliant sise à Paris dans le quartier de Belle-
ville. Elle détenait le monopole pour une durée
de 15 ans suite à un dépôt de brevet de 1846.
Ces plaques étaient compartimentées en deux
parties qui indiquaient les directions opposées
d’une même route. Un second type de plaques
est unique dans le département du Calvados.
Elles avaient un format important et pouvaient
proposer un grand nombre de destinations.
Elles furent installées vers la fin du XIX
e
, début
XX
e
avant la grande guerre. Il y avait enfin les
plaques monodirectionnelles sur lesquelles
on pouvait voir par exemple la direction de la
mer. Ces dernières plaques avaient essentiel-
lement une vocation touristique »
.
Cette mise
en place s’est faite sur plusieurs décennies et
on retrouve par exemple dans les archives un
projet d’achat de 550 plaques et 800 poteaux
en 1867 pour un montant de 35.000 francs,
repoussé à l’époque, 5000 francs en 1870 et
9000 francs en 1871. Et si l’on trouve encore
des plaques, les mâts quant à eux ont complè-
tement disparu dans le Calvados.
LE RECHAMPISSAGE
Il est évident que des plaques en fonte avec
des caractères en relief posées au milieu du
XIX
e
ne pouvaient préserver leur lisibilité qu’à
partir du moment ou elles étaient entretenues.
Cet entretien à pour nom un peu barbare de
réchampissage. Le procédé est de faire ressor-
tir les caractères en leur donnant une couleur
différente par rapport au fond. En 1914 elles
furent « rechampies » par les services de la
voirie et notamment par les cantonniers. Le
livret des cantonniers comportait d’ailleurs
cette attribution. Après la Grande Guerre l’en-
tretien fut assuré par des entreprises et des
sociétés. En 1938, le service vicinal confia les
travaux de peinture à la société Voisin de Ber-
nières-sur-Mer avec un cahier des charges
précis :
« pour les bornes, nettoyage, grattage
des anciennes inscriptions, deux couches de
peinture blanche, inscriptions en noir. Pour
les poteaux et plaques : nettoyage, une couche
de minimum, deux couches de peinture, gris
pour les poteaux, plaques bleu outremer, dos
des plaques en noir, sommet en vert, liseré
blanc autour des plaques, lettres en bronze
aluminium argent ».
Aujourd’hui, les plaques de cocher apposées
sur des maisons particulières sont tombées
dans le domaine privé. Celles installées sur le
domaine public appartiennent soit aux com-
munes soit aux départements.
Force est de constater qu’elles sont, pour la
plupart, oubliées et leur restauration est déjà
une prise de conscience qui va dans le bon
sens. A Colleville-Montgommery la plaque qui
témoigne du passé a été rechampie portant
l’ancien nom de la commune : Colleville-sur-
Orne. Celles de Ouistreham ont également
été restaurées. Bien sûr une plaque qui a été
installée il y a un siècle et demi est le témoin
passif des événements qui se sont déroulés
pendant cette période mais c’est aussi un pan
du patrimoine que, dorénavant, vous regarde-
rez peut-être d’un autre œil.
Site :
On en trouve encore quelques-unes dans le Calvados et sur la
Côte deNacre. PatrickRollet, un passionné de plaques de cocher
en a répertorié près de 7000 sur l’ensemble du territoire. Au gré
d’une promenade on les trouve sur un mur de pierre à l’angle
d’une rue dans nos communes mais il faut être attentif pour les
repérer car elles sont toujours à une hauteur correspondant à
la vision qu’un cocher pouvait avoir perché sur son siège et pas
toujours en bon état si elles n’ont pas été restaurées donc moins
visibles.
LES PLAQUES DE COCHER
POUR PRÉSERVER LA MÉMOIRE DES ROUTES
Côte de Nacre Magazine • 18
Patrick Rollet, est un passionné de plaques de
cochers. Il en a répertorié plus de 7000 en France.
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